Le Commandant Charles Barberot 
par Philippe Van Mastrigt

Petit neveu du Commandant Charles Barberot, Philippe Van Mastrigt a réalisé un ouvrage sur la courte carrière militaire du Commandant lors de la grande guerre. Il passera par l'Hilsenfirst juste avant d'aller au Linge ou il tombera au champ d'honneur.

Un site internet ainsi qu'un blog lui est consacré : www.charlesbarberot.fr
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Barberot


Charles Barberot prend le commandement du 5e BCP le 26 juin 1915. Il écrit :

« …Je trouve mon bataillon à Hilsenfirst où il avait vaillamment combattu perdant son chef et 1/3 de son effectif. Il occupait une ancienne position allemande, mais il était las, démonté, raplapla. Le lendemain de mon arrivée, bombardement de la journée entière, un coup par minute, le surlendemain idem, 105 – 150 – 130 – 210 à intervalles réguliers. Ceci présageait une contre-attaque allemande, et nos troupes que je ne connaissais pas encore étaient sur le plan, éreintés, fourbues – En effet le 3e jour à 4 h 30 du matin ça commence, de 4 h 30 jusqu'à 17 heure 45 coups à la minute avec en plus des calibres pendants du 74 et du 77 fusant, de 17 à 19 h 30, 40 coups à la minute, c'était effroyable. Le centre de ma position est foudroyé, 100 mètres de tranchées disparaissent en ne forment plus que des trous à côté d'autres trous, 3 attaques boches sont repoussées par les résidus ; à la 4e les Allemands garnissent 200 mètres de tranchées, me coupant en deux un moment le restant d'une compagnie, prenant certains éléments de flancs et à revers. J'arrête la progression par 2 mitrailleuses allemandes que j'avais enfouies en arrière et en retrait. La nuit vient. J'avais 2 compagnies réservées, je les porte sur la contre-pente, tout près des Boches. Toute la nuit, ils travaillent, je colle aux Boches à 100 mètres, derrière un mouvement de terrain une tranchée continue qui encercle leur nouvelle position ; je suis renforcé dans la nuit par 2 compagnies du 15e Chasseur; à 6 heures du matin 60 coups de 210 sur la g… des boches, à 7 heures je laisse nos deux compagnies ; je récupère là position perdue la veille au soir ; on s'installe rapidement tant bien que mal ; le boche furieux recommence à 40 coups à la minute jusqu'à 7 heures du soir (12 000 marmites de tous calibres, y compris une quantité de 210) ; on ne bronche pas, je suis dans la tranchée décidé à claquer jusqu'au dernier, je perds 1/3 de mes hommes tués, blessés, ensevelis, fous – je reste – pas un mot, pas un retrait ? Les Boches avancent, fusillade courte, étonnés, les Boches rentrent dans leurs trous ; nous sommes vannés, abrutis, mais nous sommes là. L'attaque allemande mollit, cesse ; la nuit est calme, le lendemain aussi ; les Boches dégoûtés n'en veulent plus. Deux jours après, j'étais relevé par un bataillon du 152e et envoyé me refaire ici à Breitfirst. Mon Bataillon avait perdu 700 hommes et 18 officiers dont 3 capitaines. »

JMO 5e BCP

Le 26 juin 1915
Arrivée du commandant Barberot qui vient prendre le commandement du bataillon, venant du 133e RI.

Le 27
Bombardement aux Epaulettes.
Pertes : 2 tués, 7 blessés.
La 1e Cie est en réserve en partie au camp Manhès, la 2e et la 6e au camp Viallet.

Le 28
2 prisonniers (chasseurs de la garde) faits pendant la nuit annoncent que les Allemands préparent une attaque pour la journée vers 16 heures. En conséquence, le commandant, en accord avec le général de division prend les dispositions suivantes :

Les tranchées de 1e ligne sont tenues : à gauche (Bois en Brosse et à droite du bois) par la 4e et la 6e Cie ; à droite (les Epaulettes et Hilsenfirst) par la 5e et la 3e Cie.
La 1e Cie quitte le camp Manhès et occupe une ligne de tranchées derrière le Bois en Brosse ; la 2e Cie se porte sur le front ferme de Langenfeld – lisière supérieure du bois du ravin de Wustenrunz – où elle organise une 3e ligne face à l'Hilsenfirst.
2 compagnies du 15e bataillon sont en réserve : 1 au camp Viallet, 1 au Langenfeldkopf. 
L'artillerie a ordre de répondre au bombardement allemand par un bombardement sur les lignes ennemies ; particulièrement avec du 220 sur la partie de l'Hilsenfirst encore occupée par l'ennemi. Si l'attaque est repoussée, 1 section de la 3e Cie sautera dans l'ouvrage et l'organisera.
La journée se passe sans autre incident qu'un bombardement lent, particulièrement des ouvrages des Epaulettes.
Pertes : /

Le 29
Mêmes dispositions en vue d'une attaque éventuelle. On travaille à l'organisation de la position.
Pertes : /

Le 30
Bombardement lent et méthodique de nos positions, particulièrement de l'ouvrage en V (5e Cie).
Pertes : /

Le 1e juillet
Avant 10 h, bombardement plus intense que la veille, particulièrement sur la région des Epaulettes, assez précis pour nous causer quelques pertes.
A partir de 10 – 11 h, cela devient un bombardement effectif par 74, 77, 105 et 150 à la fois sur les tranchées, sur le camp Manhès et le fond du Wustenrunz. Le bombardement très violent (30 coups/minute) est interrompu à 3 reprises. Pendant ces accalmies, les Allemands tentent d'attaquer, mais sont arrêtés facilement par le feu de l'infanterie.
Vers 8 h on apprend par un clairon de la 3e Cie que les Allemands ont occupé la partie gauche de l'Hilsenfirst, pris le capitaine et 1 partie de la 3e Cie et 1 mitrailleuse. L'agent de liaison de la 3e Cie envoyé pour avoir des détails est reçu à coups de fusil et revient blessé. Une section de la 2e Cie est envoyée à la rescousse du reste de la 3e Cie. Elle ne revient pas et on arrive à se rendre compte la nuit que toute la position de l'Hilsenfirst est occupée par l'ennemi. La 3e Cie et la section de renfort de la 2e ont disparu.

Le 2
L'ordre est donné de reprendre l'Hilsenfirst. 2 Cies du 15e bataillon de chasseurs se creusent pendant la nuit une tranchée parallèle à la crête de l'Hilsenfirst à 80 – 100 m de la position perdue. Ce sera le point de départ de l'attaque.

De 9 h à 10 h bombardement de l'Hilsenfirst par 60 obus de 220. la position est ensuite reprise sans perte, l'ennemi l'ayant abandonnée sous le feu du canon ; on fait un prisonnier.
On organise la position un peu en arrière de celle précédemment occupée, trop exposée au bombardement.
A partir de 11 h l'ennemi commence un bombardement très violent, pour rendre les positions intenables, sauf une accalmie d'une petite heure vers 15 h, celui-ci, surtout sur les tranchées de 1e ligne (Hilsenfirst, ouvrage en V, Epaulettes), le camp Manhès et le Wustenrunz depuis la ferme du Langenfeld jusqu'en bas. Il devient extrêmement vif de 19 à 20 h. A ce moment l'ennemi essaie de sortir de ses tranchées, il est immédiatement arrêté par le barrage de notre artillerie et le feu de l'infanterie.
La 5e Cie du 15e bataillon de chasseurs ont subi de fait de ce bombardement des pertes assez sévères

Le 3
Stationnement sur les positions. Journée calme.
Pertes: /

Le 4
Dans la nuit du 3 au 4 le bataillon est relevé par le 1e bataillon du 152e. le bataillon est mis en réserve au camp de Klinzrunz

A la date du 9 juillet, concernant la journée du 1e.
D'après les renseignements reçus de divers côtés le commandant explique de la façon suivante la prise à l'Hilsenfirst de la 3e Cie.

Les tranchées effectuaient à cet endroit la forme d'un chapeau de gendarme. Le bout convexe tourné vers l'ennemi était l'ancienne tranchée allemande ; elle était réunie à leur position nouvelle par un boyau.
Ce boyau, mal bouché d'ailleurs, a servi à l'attaque ennemie. Les Allemands sont probablement entrés par ce boyau dans la tranchée avancée française dont les défenseurs avaient été tués ou annihilés moralement par le bombardement. L'attaque de là ??? par la droite française, a avancé par la tranchée même et revenant par un circuit à son point de départ a pris à revers le reste de la position.

MJO 15e BCP

2 juillet 1915
Le 5e bataillon de chasseurs ayant perdu dans la soirée du 1e juillet les tranchées du sommet de l'Hilsenfirst dits « Ouvrage du carré » et « Ouvrage du sommet », le 15e BCP reçoit le 2 juillet à 3 h 15 l'ordre verbal de reprendre avec 2 de ses 4 Cies disponibles au Klinzrunz et une section de mitrailleuses les tranchées perdues.

4 h, départ des 2 (Cie Chanal) et 5e (Cie Monnet) sous les ordres du capitaine Monnet, chargé de l'attaque.
De 4 h 30 à 7 h 30, reconnaissance du terrain et placement des Cies face à leurs objectifs d'attaque.
8 h à 9 h 45, tir préparatoire de 220.
9 h 15, débouché des troupes d'attaque, 5e Cie à gauche, 2e Cie à droite, en 2 vagues marchant à 60 mètres de distance, avec équipes de bombardiers entre les vagues pour nettoyer les tranchées et boyaux.
L'attaque est couverte à gauche par le 5e bataillon de ses tranchées, à droite par la Cie Martinerie (3e), du 15e bataillon, par un mouvement offensif.
La parallèle de départ est occupée sitôt le débouché de l'attaque par les fractions disponibles du 5e bataillon.
9 h 15, les troupes d'attaque atteignent d'un bond les tranchées allemandes, que les chasseurs de la garde évacuent précipitamment, laissant quelques cadavres et 1 prisonnier. Les tranchées sont immédiatement organisées.
9 h 30, bombardement de nos positions jusqu'à midi.
A partir de 13 h 45, le bombardement recommence d'abord en arrière de nos tranchées, puis sur les tranchées mêmes, qui sont complètement retournées.
Le bombardement devient intensif à partir de 17 h et d'une extrême violence de 18 à 19 h.
De 19 h à 19 h 30 l'artillerie allemande allonge son tir. Quelques tentatives d'attaque de l'infanterie allemande se produisent pendant cet allongement du tir elles sont repoussées par les barrages d'artillerie et les feux d'infanterie.

Le bombardement, plus lent, continue jusqu'à 21 h.
Pendant toute la nuit, travaux de reconstruction des tranchées.
Une seule alerte se produit vers 3 h.

Organisation de la position.
Bombardement lent par l'artillerie allemande.
A partir de 21 h, les 4e et 6e Cies relèvent dans les tranchées les 1e et 5e Cies qui viennent en réserve au Langenfeldkopf.
La 1e Cie (François) relève notre gauche une fraction du 5e BCA dont les autres unités en ligne sont relevées par un bataillon du 152e RI.

Liste des pertes du 15e BCP pour le 2 juillet 1915.

Tués : LEROY Charles, CABIN Paul, PRIEUR Alfred, DUVERNEY Pierre, BLANCHON Claude, CLERC Joannes (tous chasseurs), LEROGNON Michel, sgt ; COULON Auguste, cap ; MORIN Auguste, DAVAL Jules, VERPILLOT Edmond, JOUFFROY Henri, cap ; COUCHON Claude, PESTRE Auguste, BERERT Célestin, CUNIN Auguste, MILLET Joseph, THIBAUDET Jules, PRESLE Marcel,

83 blessés et 2 disparus.

JMO 7e armée

1e juillet
A la suite d'un bombardement par de nombreuses pièces de gros calibre, devenu extrêmement violent à partir de 15 h (cadence de 40 coups de 210 à la minute) les Allemands ont provoqué successivement 4 attaques sur l'Hilsenfirst. Les 3 premières ont échoué ; la 4e, exécutée vers 21 h a permis à l'ennemi de prendre pied dans les tranchées du sommet sans que les contre-attaques effectuées dans la nuit aient pu l'en chasser. La Cie Coppus du 5e bataillon de chasseurs qui occupait les ouvrages a été à peu près entièrement détruite (tués blessés et disparus).

 

mémoire des Hommes